dimanche 6 mars 2016

Dixième fabulation: Du bois noir à la mer libre
Quand plus rien ne va
Quand la maison des bois
N'éveille plus en moi
Ni la solidité de l'arbre
Ni sa stabilité verticale
Ni l'écoulement vital
De sa mielleuse sève

Quand la maison des bois
Ne raconte plus le récit
D'une forêt enchantée
Où l'on voit la flore briller
Où l'on entend la faune chanter
Où l'on respire l'air sucré de la magie
Mais celui d'un bois maléfique
Où l'on voit la faune s'entretuer
Où l'on entend la flore se dessécher
Où le soufre nous coupe le souffle

Quand la maison de bois
Se referme sur moi
Comme un noir cercueil
M'empêchant de voir
Les racines croître dans la boue
M'empêchant d'entendre
La plainte déchirée de l'écorce
M'empêchant de respirer
Le parfum dansant de la cime

Quand la maison de bois
Devient mon tombeau
Et celui de ma petite fille
Il faut alors à tout prix en sortir
Sortir de l'imaginaire fabuleux
Et entrer dans la réalité fabriquée
Sortir du cercueil de l'amour
Déchirer son écorce noire
Pour plonger dans la mer solitaire
Se laisser caresser par son vert feuillage

Mais avant, malgré novembre
Coucher la petite dans sa poussette
Marcher au bord de l'eau
Moins (a)mère près du fleuve urbain
Qu'au sein du bois viril de la campagne

Voir les arbres figés par le gel
Respirer la froideur du vent
Entendre l'impétuosité des vagues
En fait celle de mes larmes
Que le froid ne gelait pas
Puis, décider:
C'est ici que je vais déménager,
Avec la petite habiter

Nous sortir de la maison de bois
Nous rapprocher du fleuve ronflant
Ce serait, désormais,
Pour ma fille et moi,
Cette ville et cette mer, libres,
Qui me délesteraient de mon a(mère)tume.

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