Seconde fabulation: « Ton héritage »
Tout
comme le texte précédent, celui-ci tire sa source de la réflexion faite lors
des ateliers d'écriture que j'ai suivis sous l'égide de Jonathan Harnois[i]
et qui concernait l'héritage. Les autres participants parlaient surtout - tout
comme moi dans La Course en héritage
- de l'héritage reçu. C'est d'ailleurs une problématique traitée en littérature
contemporaine. Les auteurs questionnent justement souvent ce dont ils ont hérité. Dominique Viart résume cette idée à « savoir qui on est en interrogeant ce dont on hérite [ii]».
Par la suite, j'ai voulu
écrire sur celui que je vais laisser à ma fille. Je me suis alors dit que si
l'héritage reçu avait une ascendance sur notre vie dès notre naissance, celui
que nous allons laisser en a aussi une, mais sur notre présent et notre futur,
et ce, dès le moment où l'avenir nous importe. L'avenir, pour ma part, a
commencé à m'importer à la fin de ma grossesse.
Je ne suis plus
uniquement une héritière mais celle dont on héritera aussi un jour, dont on
hérite même à tous les jours, à travers les paroles et les gestes du quotidien,
de la vie que nous partageons, ma fille et moi. Bref, j'ai compris que
l'héritage n'est pas que passé ou futur: il est actif au présent aussi.
Juste pour que ce soit clair, j'ai écrit ce texte en un quart d'heure. Je ne l'ai pas changé depuis, car quand je l'ai lu aux autres participants, l'émotion était palpable dans la pièce. En honneur à cet effet enivrant, je l'ai conservé tel quel.
Tu recevras de
ma main
Ouverte comme
un livre
Une histoire à
raconter.
Tu y liras
peut-être en vain
Le parcours de
nos vies,
Cet héritage
endormi.
Tu y liras les
pleurs versés
Sur le chemin
de mes nuits blanches
Et tu t'y verras
Comme l'étoile
éclairant
Le ciel de la
grisaille
Et de
l'héritage qui dort.
Tu peux refuser
Ce legs
incertain,
Cette valise
déjà trop pleine.
Tu peux
accepter
Ce panier de
fruits moisis,
Mais en planter
les graines de demain.
Tu ne peux,
cependant, renier
Cette filiation
certaine,
Petit nid doré
par le soleil
Qui protège
notre flamme.
Don magiquement
naturel
D'un héritage
toujours éveillé.
Tu recevras de
moi
Quand je
monterai au ciel
La caresse du
rayon
La mélodie du
vent
Le parfum que
laisse la pluie
Quand la
tempête devient accalmie.
Tu pourras me
revoir
Dans le
virevolte de la feuille
Que le vent
transporte et qui me déposera
Sur le rebord
de ta fenêtre.
J'attiserai la
flamme de notre flambeau
La nuit,
pendant que tu dors.
[i] http://www.editionssemaphore.qc.ca/auteur/jonathan-harnois/
[ii]
Dominique Viart et Bruno Vercier, La
littérature française au présent, Héritage, modernité, mutations, 2e
édition augmentée, Bordas, Paris, 2008, p. 82.