samedi 3 octobre 2015

Seconde fabulation: « Ton héritage »


Tout comme le texte précédent, celui-ci tire sa source de la réflexion faite lors des ateliers d'écriture que j'ai suivis sous l'égide de Jonathan Harnois[i] et qui concernait l'héritage. Les autres participants parlaient surtout - tout comme moi dans La Course en héritage - de l'héritage reçu. C'est d'ailleurs une problématique traitée en littérature contemporaine. Les auteurs questionnent justement souvent ce dont ils ont hérité. Dominique Viart résume cette idée à « savoir qui on est en interrogeant ce dont on hérite [ii]».


Par la suite, j'ai voulu écrire sur celui que je vais laisser à ma fille. Je me suis alors dit que si l'héritage reçu avait une ascendance sur notre vie dès notre naissance, celui que nous allons laisser en a aussi une, mais sur notre présent et notre futur, et ce, dès le moment où l'avenir nous importe. L'avenir, pour ma part, a commencé à m'importer à la fin de ma grossesse.

Je ne suis plus uniquement une héritière mais celle dont on héritera aussi un jour, dont on hérite même à tous les jours, à travers les paroles et les gestes du quotidien, de la vie que nous partageons, ma fille et moi. Bref, j'ai compris que l'héritage n'est pas que passé ou futur: il est actif au présent aussi.

Juste pour que ce soit clair, j'ai écrit ce texte en un quart d'heure. Je ne l'ai pas changé depuis, car quand je l'ai lu aux autres participants, l'émotion était palpable dans la pièce. En honneur à cet effet enivrant, je l'ai conservé tel quel. 


Tu recevras de ma main
Ouverte comme un livre
Une histoire à raconter.
Tu y liras peut-être en vain
Le parcours de nos vies,
Cet héritage endormi.
Tu y liras les pleurs versés
Sur le chemin de mes nuits blanches
Et tu t'y verras
Comme l'étoile éclairant
Le ciel de la grisaille
Et de l'héritage qui dort.

Tu peux refuser
Ce legs incertain,
Cette valise déjà trop pleine.
Tu peux accepter
Ce panier de fruits moisis,
Mais en planter les graines de demain.
Tu ne peux, cependant, renier
Cette filiation certaine,
Petit nid doré par le soleil
Qui protège notre flamme.
Don magiquement naturel
D'un héritage toujours éveillé.

Tu recevras de moi
Quand je monterai au ciel
La caresse du rayon
La mélodie du vent
Le parfum que laisse la pluie
Quand la tempête devient accalmie.
Tu pourras me revoir
Dans le virevolte de la feuille
Que le vent transporte et qui me déposera
Sur le rebord de ta fenêtre.
J'attiserai la flamme de notre flambeau
La nuit, pendant que tu dors.






[i] http://www.editionssemaphore.qc.ca/auteur/jonathan-harnois/
[ii] Dominique Viart et Bruno Vercier, La littérature française au présent, Héritage, modernité, mutations, 2e édition augmentée, Bordas, Paris, 2008, p. 82.