dimanche 27 mars 2016

13ème fabulation: Fuite familière
En ces temps fort occupés par le sprint final précédant le dépôt officiel de mon mémoire de maîtrise, je n'ai le temps ni d'écrire, ni de faire du ménage dans mes carnets de notes. Voici donc une fabulation toute en brièveté, amorce d'une réflexion plus approfondie éventuellement...


En observant les gens 
Autour de moi,
Connus ou inconnus,
Familiers ou étrangers,
Farouches ou étranges,
J'ai constaté ceci:

Il y a les semeurs de chaos
Et les redresseurs de torts,
Mais aussi,
Les semeurs de torts 
Et les redresseurs de chaos.

Pour ma part, j'ai l'impression
D'être une redresseuse de chaos;
Le chaos me domestique,
J'entretiens un désordre organisé
Et je finis rarement
Ce que j'ai commencé,

Parce que les fins 
Ou bien m'angoissent
Ou bien me laissent sur ma faim;
Je préfère la fuite
Même si je me fais croire
Que c'est une évasion méritée.

Je cultive les choses avortées
Car je tremble comme la terre
Quand je pense trop fort
À leur finalité.

©Tous droits réservés


dimanche 20 mars 2016

12ème fabulation: Mets de l'eau dans ton vin
Cette fabulation reprend un pastiche écrit en 2014 et inspiré de la fable « Le Loup et l'Agneau »: elle s'adresse à un public adulte et contemporain. 


La soif se faisant sentir
Et exigeant d'être étanchée,
J'ai saisi un verre transparent,
Dans l'intention de me servir de l'eau.
Boire ce liquide oxygéné
M'a pourtant empêchée de respirer
Quand mon regard a repéré
La bouteille griffée.
 « Suis-je si hardie de troubler mon sevrage,
Me suis-je demandé, pleine de rage.
Maintenant je dois me ressaisir
Boire de l'eau et m'enfuir.
- Calme-toi, ai-je ajouté,
Rien ne sert de te fâcher.
La bouteille ne bougera pas
Et toi non plus si tu ne franchis pas
Les vingt pas qui vous séparent.
Il faut que tu te prépares,
Que tu préviennes l'affreuse averse,
Celle de tes larmes, de ta détresse:
Ta dépendance à la boisson.
- Je ne suis pas alcoolique!,
Ai-je répliqué, juste un peu tragique.
Je me suis guérie l'an dernier.
- Comment peux-tu le croire
Avec ce qui t'arrive ce soir,
À paniquer, à broyer du noir,
Devant cette bouteille au bout du comptoir?
Crois-tu vraiment pouvoir gagner? »
La raison du plus fort est toujours la meilleure.
J'ai renversé le verre,
Qui s'est fracassé par terre.
Tout ce que j'arrivais à percevoir,
C'étaient les éclats de ma tempête,
C'étaient les mille morceaux de mon casse-tête.
Puis, à même la bouteille,
Que je ne me souviens plus d'avoir ouverte,
Je n'ai pas écouté l'alerte,
Mes efforts passés devenus vains:
Je me suis délecté du poison vermeille
Sans même mettre un peu d'eau dans mon vin. 


©Tous droits réservés

 

dimanche 13 mars 2016

11ème fabulation: Enlacement sacré
L'enlacement sacré
N'est ni mâle ni femelle

C'est l'union
Des corps et des âmes
Plus animés par le désir
Que par la mécanique

Ce n'est pas la plongée abrupte
De la pierre dans la boue
Mais la vague qui dépose
Le coquillage dans le sable

C'est la communion
De la chaleur et du gel
C'est la fonte
Comme neige au soleil
Du frisson de l'effroi

L'enlacement sacré
C'est plus que les étoiles
Qui illuminent le plafond
De ta chambre

C'est le ciel où je m'envole
Dans l'ouverture laissée
Par l'éclatement du toit
De sa maison 

©Tous droits réservés
 

dimanche 6 mars 2016

Dixième fabulation: Du bois noir à la mer libre
Quand plus rien ne va
Quand la maison des bois
N'éveille plus en moi
Ni la solidité de l'arbre
Ni sa stabilité verticale
Ni l'écoulement vital
De sa mielleuse sève

Quand la maison des bois
Ne raconte plus le récit
D'une forêt enchantée
Où l'on voit la flore briller
Où l'on entend la faune chanter
Où l'on respire l'air sucré de la magie
Mais celui d'un bois maléfique
Où l'on voit la faune s'entretuer
Où l'on entend la flore se dessécher
Où le soufre nous coupe le souffle

Quand la maison de bois
Se referme sur moi
Comme un noir cercueil
M'empêchant de voir
Les racines croître dans la boue
M'empêchant d'entendre
La plainte déchirée de l'écorce
M'empêchant de respirer
Le parfum dansant de la cime

Quand la maison de bois
Devient mon tombeau
Et celui de ma petite fille
Il faut alors à tout prix en sortir
Sortir de l'imaginaire fabuleux
Et entrer dans la réalité fabriquée
Sortir du cercueil de l'amour
Déchirer son écorce noire
Pour plonger dans la mer solitaire
Se laisser caresser par son vert feuillage

Mais avant, malgré novembre
Coucher la petite dans sa poussette
Marcher au bord de l'eau
Moins (a)mère près du fleuve urbain
Qu'au sein du bois viril de la campagne

Voir les arbres figés par le gel
Respirer la froideur du vent
Entendre l'impétuosité des vagues
En fait celle de mes larmes
Que le froid ne gelait pas
Puis, décider:
C'est ici que je vais déménager,
Avec la petite habiter

Nous sortir de la maison de bois
Nous rapprocher du fleuve ronflant
Ce serait, désormais,
Pour ma fille et moi,
Cette ville et cette mer, libres,
Qui me délesteraient de mon a(mère)tume.

©Tous droits réservés