mercredi 20 janvier 2016


Cinquième fabulation: Prendre sa vie en main
En ouvrant le cahier à anneaux dans lequel j'ai conservé mes notes du cours Littérature québécoise - que j'ai donné pour la dernière fois en 2013, si je me rappelle bien, et que je donnerai encore à partir de la semaine prochaine - j'ai retrouvé ces fabulations gribouillées à l'endos de feuillets d'examen. Je ne me souviens pas exactement du moment en tant que tel, mais je souris à l'idée que pendant que mes étudiants travaillaient fort sur une dissertation critique portant sur la pièce Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay, je consignais mes propres complaintes.

« Prends ta vie en main »

Mes mains sont trop petites pour supporter le poids de ma solitude. Je ne suis pas de celles qui prennent; je suis celle qui est prise. Éprise pour longtemps. En vain. Mes mains sont vides mais tendues. Étendues dans la vastitude. Je veux prendre mais je suis prise. Éprise. Il faut être forte. Mes mains sont trop pesantes pour mes bras frêles. Je suis faible; je me soumets à ma faiblesse. Ou est-ce la trop grande force de cet amour qui me ligote les mains.   



« Désir d'oublier »

Parfois je voudrais balayer du revers de la main la souffrance que tu as causée. Je voudrais aveugler mon âme, faire taire mon cœur, n'écouter que mon corps. Tout en froissement, chuchotement, se transformant en cri de joie.

Étendue près de toi, dans l'instant de bonheur; désir intense ou intensément vécu, en oubliant que le présent est éphémère, que le passé demeure, comme le regret, une honte qui gronde. Torpeur. Préliminaire de la douleur. De toi à moi, de moi à moi, moi qui veux oublier. Pour un instant m'évader. Moi qui n'oublierai pas. Mais mon abîme t'appelle du creux de mon désir.



Sans titre

Il ne suffit pas de rompre notre lien. Il faut aussi, et surtout, rompre le désir. Ces cendres menaçant de se frotter de brûler de nouveau. Chaque fois que mon corps a froid de toi, chaque fois qu'il exige que je me roule dedans, pour me sentir vivante, pour que le sang se remette à bouillir dans mes veines, pour que je vive tout simplement.

Mais je ne sais pas vivre; je ne sais pas tempérer la chaleur pour qu'elle soit confort; je ne sais que la chaleur qui brûle et qui tue, comme la puissance d'un soleil terroriste, aveuglant et corrosif.



« Rendez-vous manqué »
- à K.

Je t'écris.

Cette missive devient le prolongement de ce qui me semble inachevé.

J'ose croire que toi et moi, n'avons été qu'un rendez-vous manqué. Une étourderie de circonstance, un trou dans la mémoire d'un passé éternel et d'un avenir à applaudir, une infraction à notre histoire, une faille dans notre complétude, une cicatrice sur notre peau.

J'ai évacué ce qui me tourmentait, je suis maintenant vidée de ma noirceur et donc fin prête à te redonner rendez-vous et à ne pas le manquer, celui-là.

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